Carrière de Bibémus et montagne Sainte-Victoire

Situées entre la ville d'Aix et la montagne Sainte-Victoire, les carrières de Bibémus sont un point essentiel de l'histoire de la cité depuis sa fondation. Elles ont aussi inspiré un artiste aujourd'hui mondialement connu : Cezanne.

L’origine du nom de Bibémus

Tous les habitants d’Aix-en-Provence ou, en tout cas, une grande majorité, ont déjà entendu parlé des carrières de Bibémus. Peu, par contre, connaissent l’origine et la signification de ce qualificatif. Mais d’où vient-il ?

Comme l’on pourrait s’en douter, Bibémus est un mot d’origine latine. En effet, dès la fondation d’Aix-en-Provence en 122 av. notre ère (ou -122, ou av.jc., comme vous préférez), la pierre des carrières va être utilisée par les romains pour construire la ville. Ce sont donc les romains qui vont donner le nom à la carrière et à la pierre qu’ils exploitent. Les romains, pragmatiques, vont ainsi la nommer Bibemus du verbe latin Bibere. Il signifie “boire” (Beber en espagnol et portugais, Biberon en français, …). Pourquoi ? Parce que la pierre qu’ils exploitent dans les carrières de Bibémus, et que nous pouvons toujours voir aujourd’hui, est poreuse. Et oui ! C’est une pierre qui “boit” l’eau.

L’exploitation des carrières de Bibémus

Les carrières de Bibémus auront une grande longévité car leur exploitation s’achèvera seulement au siècle dernier. Bien entendu, les besoins fluctuent selon les époques. Les romains ont bâtis les murs de la cité avec. Les habitants ont construit leur maison grâce à elle. Puis, plus tard, les bâtisseurs des hôtels particuliers du XVIIe au XIXe siècles utiliseront cette pierre.

Une technique d’exploitation inchangée jusqu’au XIXe siècle

Au temps des Romains

À l’époque romaine, les outils permettant l’exploitation de la pierre sont assez simple, mais redoutablement efficace. Le plus gros du travail consiste à creuser des chambrures (ou saignées) à l’aide de pics pour extraire les blocs en les détourant. Les traces laissés par les outils des carriers sont toujours bien visibles dans les carrières de Bibémus. Ils enfonçaient leurs pics selon une trajectoire oblique. Ensuite, pour dégager l’ensemble du bloc, les carriers coinçaient des coins en bois dans les saignées.

Chaque bloc était équarri par la suite pour prendre sa forme finale. Cette dernière étape était réalisée au tout dernier moment, après le transport sur le chantier. Il y a deux raisons principales à cela. D’une part, le métier de carrier est différent de celui de sculpteur, bien que similaire. D’autre part, pourquoi risquer d’abimer un bloc fini lors du transport ?

Sur les fronts de tailles, les traces de pics sont toujours bien visibles.

La grande exploitation du XVIIe siècle

Ces méthodes seront utilisées pendant plusieurs siècles avec quelques variantes. Notamment, l’exploitation passera du plan horizontal au plan vertical. De nombreux puits d’exploitation sont d’ailleurs encore visibles. Ces puits sont de forme trapézoïdale, la plus petite face constituant “l’entrée”, et la plus grande la base. De cette façon, les carriers atteignaient plus facilement et rapidement la pierre de meilleure qualité. Cette pierre sera utilisée pour la construction des hôtels particuliers de la ville d’Aix-en-Provence.

Un hôtel particulier d’Aix-en-Provence

Aujourd’hui, la pierre de Bibémus pare donc de nombreuses façades du centre ancien, même si à certains endroit, la pierre de Rognes la remplace. Elle donne cette couleur ocre si particulière à la ville d’Aix-en-Provence, notamment sur le Cours Mirabeau et dans le vieil Aix. C’est une pierre qui illumine la ville dès lors que les nuages, rares, voilent le soleil.

Au XIXe siècle, l’exploitation de la carrière s’arrêta. La pierre avait une mauvaise réputation. Effectivement, elle est friable et supporte mal la pluie. Cela profitera à Cezanne qui, sachant les carrières vides, viendra s’inspirer au calme de la nature.

La dernière exploitation des carrières de Bibémus

Mais l’histoire de l’exploitation de Bibémus ne s’arrête pas là ! Dans les années quarante, le fils de l’ami de Cezanne qui était propriétaire des carrières réalise des aménagements pour transformer la pierre en préparation pour ciment. On peut encore voire les vestiges d’une roue à auge et les front de taille évidés par les godets mécaniques. Cependant, l’exploitation sera de courte durée : le ciment héritant de la réputation de la pierre. Dès lors, le site deviendra par la suite un lieu à la mémoire de Cezanne.

À droite, les traces de godets sur le front de taille.

Sainte-Victoire, Bibémus et Cezanne

Né en 1839 et mort à Aix-en-Provence en 1906, Cezanne a bousculé, aux côtés d'autres artistes, l'art académique. Grâce aux nouvelles technologies du milieu du XIXe siècle et des idées novatrices des peintres d'alors, une nouvelle ère commence pour l'art. Cezanne en sera l'un des fers de lance.

Cezanne, l’incompris

Grand artiste du XIXe siècle, Cezanne est devenu le père de la modernité. Il a ouvert, par son style et ses théories, les portes de l’art moderne. Il n’était pas seul, bien sûr. D’autres comme Manet, Monet, Van Gogh ou encore Pissaro infléchiront l’histoire de l’art. Toutefois, Cezanne a suivit une voix bien à lui, loin de l’agitation parisienne. Refusé à l’académie des Beaux-arts, il sera aussi peu à peu écarté des salons indépendants. Ses contemporains n’apprécient guère son travail en général, à quelques exceptions près. À Aix, Cezanne est un fils de banquier qui passe l’ennuie par la peinture.

La nature comme modèle

Dans la dernière partie de sa carrière, Cezanne va choisir de s’affranchir des mouvements à la mode, tout en s’inspirant de ce qu’il a apprit et partagé avec les autres artistes de son temps. Cezanne peint “sur le motif”, c’est-à-dire, directement sur place. L’artiste saisit la nature, il pose ses sensations, son ressenti sur la toile. Ici, dans les carrières, il s’inspire des formes géométriques qui parsèment les environs. Formes à la fois humaine et naturelle.

Peindre d'après nature, ce n'est pas copier l'objectif, c'est réaliser ses sensations.

Paul Cezanne

Il parcourt la nature en quête de la forme et de la couleur. Il ne cherche pas à plaire, non, bien au contraire. Il se méfiait d’ailleurs parfois de l’approbation des autres. Cezanne avait son style et il l’a défendu jusqu’à la fin de sa vie. Son héritage lui a donné raison, mais de son vivant, Cezanne n’aura jamais une grande notoriété. C’est seulement à la fin de sa vie qu’il sera reconnu par certains de ses paires. Trop peu, cependant, pour qu’une seule toile de l’artiste n’appartiennent à la ville. Il faudra attendre très longtemps pour qu’une toile de Cezanne soit présente dans le musée de sa ville natale.

Sainte-Victoire, muse de Cezanne

La montagne Sainte-Victoire est connue dans le monde entier grâce à Cezanne. Il l’a peinte 87 fois, dont environ la moitié en huile et l’autre en aquarelle. De fait, la montagne Sainte-Victoire est présente dans bon nombre de pays, notamment aux État-unis ou en Angleterre. Elle constitue l’apogée de Cezanne et son obsession.

Tout dans la nature se modèle sur la sphère, le cône et le cylindre, il faut apprendre à peindre sur ces figures simples, on pourra ensuite faire tout ce qu’on voudra.

Paul Cezanne

Dans les carrières de Bibémus, Cezanne peint la montagne Sainte-Victoire un peu plus d’une dizaine de fois. La forme triangulaire de la montagne s’allie aux couleurs provençales qu’il affectionne (Ocre, vert et bleu). Elle est massive, omniprésente dans la toile. La montagne se dessine grâce à la couleur car Cezanne ne dessine pas de traits qui contraignent ses nuances. Non, il créé les formes grâces à ses touches directionnelles. Il cherche la complémentarité, la perfection. Sa perfection.

Depuis la disparition de Cezanne, les carrières de Bibémus et la montagne inspirent toujours les artistes. Tal Coat, André Masson, ou encore Fabienne Verdier, pour ne citer qu’eux, sont passés par Aix-en-Provence. Tous suivaient, plus ou moins, les traces de Cezanne. Picasso, grand admirateur, achètera même le chateau de Vauvenargues pour être sur le motif cezannien. C’est ici, d’ailleurs que se trouve sa dernière demeure.


Un petit mot pour finir sur les carrières de Bibémus !

Je vous invite évidemment à visiter le plateau de Bibémus pour vous imprégner du lieu et de son histoire tout en respectant les conditions d’accès en été. Les carrières, quant à elles, sont en accès restreint et appartiennent à la ville. D’ailleurs, si vous souhaitez visiter les carrières de Bibémus avec un guide, Jérôme, Mylène et moi seront ravis de vous guider !

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